Célimène Daudet joue Messiaen et Debussy, des Préludes empreints de poésie

Les Préludes de Debussy et de Messiaen ont un point commun : la présence d’un titre. Ces titres (La Colombe, Chant d’extase dans un paysage triste, Les Sons impalpables du rêve… pour Messiaen, Brouillard, Feuilles mortes, Bruyères, Canope… pour Debussy) reflètent à eux tous l’esprit  général de ces œuvres, des évocations et non des descriptions, des sensations et non des sentiments. Certes Debussy place les titres à la fin des pièces – et pour bien faire l’interprète devrait les énoncer lui-même après chaque page plutôt que de les indiquer sur le programme de concert ou la pochette de disque, mais l’état d’esprit est le même.

Les huit Préludes de Messiaen ouvrent cet enregistrement. Comme le rappelait Messiaen, il s’agit d’un « recueil d’états d’âme, de sensations personnelles » et comme son écoute musicale était chez lui liée à une vision de couleurs, il a associé chaque prélude à une couleur très précise : « gris velouté, reflets mauves et verts » par exemple pour Instants défunts et Plainte calme. Il y a dans l’œuvre de Messiaen un souffle né de sa foi chrétienne. Et ses Préludes, s’ils sont dépourvus de toute référence religieuse, n’en portent pas moins la profondeur et un certain penchant pour le mysticisme.

Le deuxième livre des Préludes de Debussy comporte des pièces qui sont parmi les plus belles de Debussy, La Terrasse des audiences du clair de lune, pour n’en citer qu’une. Georges Gourdet, dans un petit opuscule sur Debussy paru en 1970 résumait fort justement ce recueil : « Toutes ces pièces sont pleines d’ingéniosité sans cesse renouvelée tant dans le langage musical que dans la technique instrumentale et témoignent de l’habileté du compositeur à créer par quelque accord ou quelque rythme une atmosphère particulière d’où sourd la poésie ou d’où jaillit l’humour ». On y retrouve tout le charme et la révolution stylistique dont les poètes et les peintres français contemporains de Debussy ont fait preuve dans leurs propres œuvres en utilisant un langage où le rythme, les sons, les timbres, les jeux de lumière sont devenus des éléments essentiels de leur esthétique.

Heureusement, l’époque où interpréter Debussy consistait à se noyer dans des pianissimi détimbrés est révolue et Célimène Daudet, dans ce bel enregistrement qui vient de paraître sous le label NoMadMusic, met toute son aisance pianistique à draper de mille couleurs ces pages ainsi que celles de Messiaen, pages dont la subtilité poétique les rend si inestimables.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 9 février 2018

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s