Mort du chef d’orchestre Guennadi Rojdestvenski

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris hier la mort du grand chef d’orchestre russe Guennadi Rojdestvenski à l’âge de 87 ans.

A noter qu’aujourd’hui dimanche 17 juin, France Musique lui rendra hommage dans l’émission Le Meilleur des Concerts Radio France, de 14h à 16h.

Au bonheur du piano vous propose de (ré-)écouter sa splendide interprétation de la 5ème symphonie de Tchaïkovski :

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Musicora 2018

Au fil de mon parcours, assez rapide il est vrai, dans les quelques petites allées de ce salon assourdissant, plusieurs découvertes m’ont intéressé.

Bonjour Piano !

Une fois admis la disparition des bons vieux éditeurs de musique, une fois assimilé le fait que les Salabert, Durand, Eschig… sont désormais la propriété d’un conglomérat, Music Shop Europe, regroupant une quantité effarante d’éditeurs du monde entier et chapoté par Hal Leonard, je retrouve l’enthousiasme en tombant sur une collection intéressante intitulée Bonjour Piano !  et qui propose en cinq volumes (à moins de 11€ chaque) des pièces de niveaux progressifs de grands compositeurs français du 20ème siècle. On y trouve des œuvres de Debussy, Ravel, Satie, Poulenc, Milhaud, Koechlin, Tansman, Sancan… Une biographie des compositeurs et des conseils pour l’exécution permettent une approche plus approfondie de ce répertoire.
Bonjour Piano !


Ecoute, je joue !

Sur le stand des éditions Billaudot, une vidéo présente la nouvelle méthode Ecoute, je joue ! de Philippe Lefèvre, Chantal Boulay et Cyrille Lehn. Sont abordées simultanément la formation musicale et les bases de la technique de piano, encadrant une cinquantaine de pièces progressives. Ce qui a retenu mon attention, c’est la variété des situations : pièces pour piano seul, pièces pour piano avec accompagnement d’orchestre, pièces de musique de chambre, pièce pour trio jazz… Les fichiers audio d’accompagnement sont disponibles sur internet. Ecoute, je joue !

Le Festival de Rocamadour

Le stand du Festival de Rocamadour m’a fait visionner avec un appareil spécial une vidéo de réalité virtuelle filmée à la Basilique Saint-Sauveur en  2017 : les bouleversantes Litanies à la Vierge noire de Francis Poulenc par l’ensemble vocal Exosphère dirigé par Jean-Philippe Billmann avec Gilles Oltz à l’orgue. Impressionnante expérience qu’on peut revivre – d’une manière certes moins enivrante – avec la version 3D sur Youtube. Le Festival propose pour l’été 2018 une vingtaine de concerts de musique sacrée principalement mais également un récital Bach-Beethoven-Brahms par Nicolas Angelich le 8 août. A noter que ce festival qui est en est à sa treizième édition ne dépend des subventions publiques qu’à hauteur de 15% de son budget de fonctionnement. Festival de Rocamadour

Le Tout Petit Conservatoire

Des ateliers pour enfants étaient organisés tout au long de la journée. J’ai remarqué celui du Tout Petit Conservatoire qui propose par ailleurs des méthodes d’éveil musical conçues par Philippe Kaczmarek et inspirées de la pédagogie Montessori. J’envisage de rencontrer ce pédagogue prochainement et de publier ici dans quelques mois l’interview que j’aurai réalisée avec lui.

Les clavecins de Martine Argellies

Enfin, le point fort de ma visite fut sans conteste le stand de Madame Argellies. J’aurais aimé  parler plus longuement avec cette femme passionnée par son métier d’art mais l’indescriptible brouhaha provenant des stands avoisinants rendait impossible toute discussion prolongée…  Martine Argellies est facteur de clavecins à Montpellier depuis 1981. Travail du bois, décoration, acoustique, tout est fait maison (« sauf une petite pièce de mécanique » tient-elle à ajouter) au sein d’une petite équipe de trois personnes. Sa mission est claire : respecter les plans des instruments des 17ème et 18ème siècles et utiliser les essences de bois d’origine. Son atelier propose principalement quatre modèles inspirés des clavecins de Dulken, Goujon, Delin et Blanchet. Ses instruments, très appréciés par les professionnels, sont régulièrement commandés ou loués par des festivals et salles de concert (l’Opéra Bastille en possède trois). Pour en savoir plus et voir ses instruments, un petit tour sur son site s’impose : Martine Argellies

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 4 juin 2018

Martine Argellies, Musicora 2018
Photo : © Frédéric Boucher 2018

Masterclasses de Gabriel Tacchino, L’art de faire chanter le piano

Aller écouter une master-classe, c’est pour moi revivre l’enthousiasme de ma jeunesse lorsque le monde s’ouvrait à moi et que j’avais soif de découvrir, d’apprendre et d’évoluer. C’est donc avec joie que je me suis rendu vendredi dernier à la Schola Cantorum, rue Saint-Jacques à Paris, et avec beaucoup d’émotion que j’ai poussé la porte de cette vénérable institution qui a vu d’Indy – son fondateur -, Séverac, Satie, Vierne et tant d’autres, professeurs ou élèves, évoluer dans ces locaux où la musique résonne depuis plus de cent ans.

L’auditorium César Franck, au premier étage, est une magnifique salle avec sur la scène deux pianos à queue et, tapissant le fond, un orgue d’église. Alors que la première élève échange quelques mots avec Gabriel Tacchino, ce dernier, me voyant, s’approche de moi et me glisse à mi-voix « je ne fais pas les présentations, cela risquerait de l’intimider« . Je suis sidéré : qui suis-je pour intimider une élève, à côté de Gabriel Tacchino ?

Le cours commence par le premier mouvement d’une sonate de Beethoven. L’exposition est jouée sans interruption. À la reprise Gabriel Tacchino arrête l’élève : « ici, je jouerais peut-être plus pianissimo« . Cela est formulé comme une proposition. Loin de lui l’envie de jouer au « maître » en énonçant d’une manière docte et condescendante quand ce n’est pas moqueuse ou lapidaire quelques vérités sans appel. Au contraire, donner l’impression à l’élève qu’il est libre de choisir, ne rien lui imposer, juste suggérer, telle est la méthode de Gabriel Tacchino qui ne conçoit pas le cours d’interprétation comme un moyen de briller mais comme une occasion d’aider l’élève à progresser tout en trouvant la confiance en lui dans le cadre d’une prestation publique.

Partout la musicalité va être surveillée au plus près : « attention à ne pas diminuer trop tôt« , « il faut articuler bien-sûr mais pas trop, utilisez votre coude et cherchez la souplesse », « allez jusqu’au bout de la phrase« ,  » marquez bien les trois niveaux de nuances« , « concentrez-vous sur le 5ème doigt de la main gauche pour que le trait soit plus clair« …  Mais Gabriel Tacchino ne reste pas sagement assis à donner des conseils, il se met de temps en temps au piano, non pour se mettre en valeur bien-sûr mais seulement quand il sent que les mots sont impuissants : « c’est vrai qu’il y a marqué pianissimo mais ne jouez pas détimbré, on n’entendra rien dans la salle« . Il joue. Rien que la première note est un régal, c’est pianissimo et pourtant ça chante, c’est sonore dans la douceur. Tous les petits exemples qui vont suivre vont être un enchantement. Son art de faire chanter le piano, de faire ressortir les plans sonores, de conduire un crescendo ou un decrescendo, d’atteindre le sommet d’une phrase musicale n’est que pur bonheur. Dans la salle, on meurt d’envie de se mettre au piano pour essayer, tout en sachant que le résultat serait forcément décevant. Il faut être Gabriel Tacchino pour jouer si facilement, avec autant de naturel, et nous emmener si loin avec une telle magie sonore.

Le cours se poursuit et s’achève. Les deux heures ont passé sans qu’on s’en aperçoive. Nous avons eu le sentiment de vivre un moment unique, hors du temps, riche de bienveillance et de poésie où la musique a empli tout l’espace, nous stimulant à travailler davantage, élèves sur la scène comme amateurs dans la salle, pour mieux nous rapprocher de cet idéal vers lequel Gabriel Tacchino nous entraîne avec tant de simplicité et d’amour de la musique.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 22 mai 2018

Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle : 2 CDs en solo

Grâce à Monsieur Gouraud, je les avais entendus à deux pianos en novembre dernier salle Cortot lors d’un concert mémorable. Mais c’est séparément qu’ils reviennent en CDs, Ludmila Berlinskaïa dans un splendide et ambitieux programme, Arthur Ancelle dans trois sonates de Haydn.

 

BEETHOVEN, MEDTNER, SCHUMANN, RAVEL – Ludmila Berlinskaïa, piano – MELODYA

Sous les doigts de Ludmilla Berlinskaïa, la sonate op.109 de Beethoven, la sonate Reminiscenza de Medtner, les Kreisleriana de Schumann et les Valses nobles et sentimentales de Ravel nous emmènent dans un univers imaginatif d’une incroyable richesse poétique où le piano n’est qu’un moyen et non une fin. L’écoute de ce disque nous plonge dans un monde hors du temps et ces grandes oeuvres du répertoire trouvent là une traduction à leur hauteur. Inutile de décrire la manière dont Ludmila Berlinskaïa interprète chacune de ces œuvres car, comme l’écrit si justement Aurélie Moreau dans Classica, « le plus beau des discours reste celui du piano de Ludmila Berlinskaïa : un pur enchantement ».

 

HADYN – Arthur Ancelle, piano – MELODYA

« Je suis persuadé que pour retrouver la surprise authentique, l’improvisation réelle, il faut connaître intimement la structure, l’écriture, l’harmonie de l’œuvre que l’on joue, il faut la connaître aussi bien que si on l’avait écrite soi-même » indique le pianiste dans le livret passionnant qui accompagne le CD. Et c’est bien cette impression que l’on ressent en écoutant cet enregistrement. Tout l’art de l’interprète est d’être l’avocat des oeuvres qu’il joue tout en restant fidèle à la vérité. Plaidoirie gagnée ! Arthur Ancelle nous propose de ces trois sonates de Haydn une vision rafraîchissante, très vivante, qui va peut-être à l’encontre des idées reçues sur la musique pour piano de ce compositeur mais qui redonne à ces œuvres – et sans les trahir bien au contraire – la place dans l’histoire de la littérature pour piano qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 20 avril 2018

Debussy par Elodie Vignon – Franck, Bach, Escaich… par Marie-Ange Nguci

 

DEBUSSY, Etudes – Elodie Vignon – CYPRES

J’avoue n’avoir jamais très bien compris pourquoi les Etudes de Debussy écrites à la fin de sa vie étaient toujours présentées comme des repoussoirs ou des œuvres tout à coup annonciatrices de modernité. Mais toute l’œuvre de Debussy est annonciatrice de modernité ! Les Etudes sont bien dans le style de Debussy et certaines pages d’ailleurs ne sont pas sans évoquer des passages des Préludes. De ces douze pièces riches et passionnantes, Elodie Vignon nous donne une version à la fois réfléchie et lumineuse qui met en valeur leur subtile poésie. Le CD comporte en outre des poèmes écrits par Lucien Noullez spécialement pour l’enregistrement.

 

EN MIROIR – Marie-Ange Nguci, piano – MIRARE

A vingt ans seulement, Marie-Ange Nguci est déjà titulaire du Diplôme d’Artiste Interprète du CNSM et du Certificat d’Aptitude de Professeur de piano. Par ailleurs, les dix pages du livret dont elle est l‘auteur témoignent de sa passion pour l’analyse et la musicologie qu’elle étudie actuellement. Son répertoire pianistique est déjà très large et le programme de son premier CD n’est pas celui d’une débutante : Prélude Aria et Finale, Prélude Choral et Fugue de Franck, les Litanies de l’ombre de Thierry Escaich, la Chaconne de Bach-Busoni et en bis la Toccata de Saint-Saëns. Tant de talent et de maturité chez une aussi jeune artiste laisse sans voix.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 13 avril 2018

Liszt par Nathanael Gouin – Mozart par Christian Chamorel

 

LISZT MACABRE – Nathanael Gouin, piano – MIRARE

Liszt macabre, tel est donc le titre du permier CD de Nathanael Gouin. On ne peut que se réjouir de ce programme original qui nous propose un Liszt moins attiré par la virtuosité démonstrative que mu par une réelle profondeur. L’enregistrement débute par la Méphisto-Valse n°2, écrite vingt ans après la première, et qui est beaucoup moins connue que cette dernière. La Pensée des morts, extraite des Harmonies poétiques et religieuses, pièce à laquelle le pianiste est très attaché (« une des œuvres les plus complètes de Liszt avec une trame qui colle tellement au poème de Lamartine ! ») est suivie de la célèbre Danse des morts, la Totentanz. Nouvelle incursion dans les Harmonies poétiques et religieuses avec Funérailles, œuvre particulièrement impressionnante également et inspirée par deux événements datant d’octobre 1849 : l’exécution de patriotes hongrois et le décès de Frédéric Chopin. Enfin la Csardas macabre dont Liszt avait dit « Peut-on écrire ou écouter une chose pareille ? » puis Gretchen, transcription par Liszt lui-même du deuxième mouvement de sa Faust-Symphonie, terminent ce magnifique programme.  Nathanael Gouin, qui a bénéficié des conseils de Louis Lortie avec qui il a travaillé à la Chapelle Reine Elisabeth ainsi que de Jean-Claude Pennetier et de son épouse qui ont assuré la direction artistique, maîtrise sur tous les plans ces œuvres difficiles et, fort de les avoir régulièrement jouées en concert, sait rendre particulièrement passionnant ce récital « macabre ».

 

MOZART PIANO WORKS – Christian Chamorel, piano – CALLIOPE

Ce CD Mozart pour piano nous propose, outre deux sonates, des pièces isolées et un air varié. Le disque commence par la Sonate en fa majeur K.533/494 composée en 1788 et 1786 pour le final (d’où le double numéro dans le catalogue Köchel). Christian Chamorel souligne à juste titre dans le livret les richesses de cette œuvre aussi bien dans le premier mouvement dans lequel Mozart s’amuse avec un thème alla Bach que dans le splendide deuxième mouvement où l’on sent poindre le romantisme. Suit le bouleversant Rondo en la mineur K.511, là encore très annonciateur du romantisme. Au centre du programme, le pianiste a placé deux œuvres plus légères : Les Variations sur « Unser dummer Pöbel meint » K.455 et la Sonate en mi bémol K.282 écrite par un Mozart de dix-huit ans. L’extraordinaire Adagio en si mineur K.540, en revanche, nous replonge dans les prémices du romantisme. Le disque se clôt par un bis, la Gigue en sol K.574 que Christian Chamorel qualifie de « petit bijou irrévérencieux » qui suffirait « à ranger Mozart dans la catégorie des grands explorateurs de la musique ». Un beau Mozart joué avec vivacité et sensibilité.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 6 avril 2018