Interview avec Clément Lefebvre pour son CD Rameau & Couperin au piano

« Encore un nouveau pianiste… » m’étais-je exclamé en découvrant le disque Rameau Couperin au piano de Clément Lefebvre. Mais dès les premières notes, cet enregistrement m’a enthousiasmé. Quel pianiste ! Je rejoins les propos de Philippe Cassard qui disait dernièrement sur France Musique « Ce jeu de piano est proprement merveilleux […] fin, vivant, plein de délicatesse, tout est vraiment pensé. Quel naturel, quel charme ! » Mais qui est donc Clément Lefebvre ? Le meilleur moyen de le savoir était de le rencontrer. Ce qui fut fait quelques jours plus tard dans un café parisien.

Clément Lefebvre, qui êtes-vous ? Comment êtes-vous devenu pianiste ?
Mes parents étaient musiciens, ma mère pianiste, il y avait donc un piano à la maison et je me suis tout de suite intéressé à l’instrument. Je n’avais que deux ans quand j’essayais déjà avec un doigt de retrouver des contines que j’entendais. J’étais tout le temps sur le piano. Très vite, ma mère m’a enseigné les bases et j’ai intégré à six ans l’école de musique à Béthune. A onze ans, j’ai rencontré Billi Eidy, une rencontre extrêmement marquante pour moi, et je suis allé le voir une fois par mois. Dans le même temps, je suis entré au conservatoire de Lille dans la classe de Marc Lys, élève de Pierre Sancan et dans celle de Jean-Michel Dayez, élève de Jean-Claude Vanden Eynden, une personnalité qui l’a beaucoup marqué et dont il parle énormément. Puis j’ai intégré le Conservatoire de Région de Boulogne-Billancourt dans la classe d’Hortense Cartier-Bresson. C’est elle qui m’a fait entrer au CNSM chez Roger Muraro et Isabelle Dubuis.

Quel âge aviez-vous ?
J’avais dix-neuf ans. Je ne regrette pas de ne pas y être entré plus tôt car il faut avoir une certaine maturité pour profiter de l’enseignement si riche de cette institution, ne serait-ce que les cours de piano de Roger Muraro qui sont d’une densité impressionnante. J’en suis sorti en 2014, puis j’ai suivi un cursus de musique de chambre avec Claire Désert en deux pianos avec Alexandre Lory. J’ai également participé à des masterclasses notamment avec Philippe Bianconi. Je lui presentais les Scènes de la forêt de Schumann, et son cours restera pour moi un souvenir mémorable.

Vous avez bénéficié des conseils d’autres grandes pointures il me semble ?
En effet, j’ai eu la chance de rencontrer Pierre-Laurent Aimard, Alain Planès, Michael Lewin, Xu Zhong, Christian Ivaldi, Emmanuel Strosser ainsi que des membres du trio Wanderer.

J’ai vu que vous aviez été lauréat du Concours de Manchester en 2016. Vous souhaitez continuer à passer des concours ?
À vrai dire je ne sais pas. À Manchester, l’obtention du premier prix et du prix du public à l’issue du 3e concerto de Beethoven avec le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra restera un moment inoubliable. Cependant les concours ne sont pas ma priorité.

Les concours ont la réputation d’être assez asséchants. J’ai entendu dire que pour plaire aux différents jurys, les candidats devaient se réfugier dans des interprétations académiques.
Un concours bien choisi selon le répertoire demandé, et préparé intelligemment peut être quelque chose de très formateur et enrichissant tant sur le plan instrumental que psychologique. Quant aux « interprétations académiques », je pense qu’elles n’ont pas leur place au sein des grands concours internationaux. J’ai remarqué que les lauréats avaient au contraire de fortes personnalités bien souvent.

La carrière de Clément Lefebvre a débuté depuis quelques années déjà. L’espace Flagey à Bruxelles, la Philharmonie de Paris, la Folle journée de Nantes, le festival Chopin à Paris, la Roque d’Anthéron, le festival international de Biarritz, les Pianissimes… l’ont accueilli. Il a joué avec orchestre, notamment avec le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra sous la direction de Vasily Petrenko. Et il a commencé également une importante carrière de chambriste en duo quatre mains avec Alexandre Lory mais aussi au sein du quatuor avec piano Abegg qui compte déjà quelques créations d’oeuvres contemporaines.

Venons-en à votre CD. Comment est venu ce projet d’enregistrement ?
C’est le fruit d’un très heureux hasard. A la suite de mon prix à Manchester, et par le biais d’Alain Cochard, j’ai été rapidement en contact avec Evidence Classics. J’avais différentes idées de programme, mais à ce même moment on m’a demandé pour un concert des pièces de Couperin. Dès la première lecture je suis tombé complètement sous le charme de ce compositeur. Par ailleurs, j’avais déjà joué la Nouvelle suite en la de Rameau chez Roger Muraro, et avais été fasciné par la richesse du langage. J’ai voulu confronter la densité harmonique, lyrique et contrapuntique de Rameau à la poésie des miniatures épurées de Couperin.

Comment avez-vous opéré le choix des pièces ?
En ce qui concerne Rameau j’ai tenu à compléter le travail fourni lors de mes études au cnsm, et pour Couperin, j’ai parcouru l’ensemble de sa production. Sa musique nous offre un pouvoir de caractérisation extraordinaire. De Couperin, on connaît son parcours professionnel mais très peu de choses de sa vie privée. J’avais un plaisir incommensurable à faire connaissance avec lui, j’avais l’impression d’avoir accès à travers ses pièces à sa personnalité, à son humour, à son impertinence, à sa mélancolie… J’ai décidé d’ouvrir le CD par la théâtrale Dauphine de Rameau qui par son rythme pointé est comme une Ouverture à la française. Ensuite Couperin : j’ai voulu recréer un ordre singulier, en cherchant à varier les couleurs, les caractères, en essayant de retracer un parcours tonal cohérent et un équilibre expressif qui me semblait bon. A noter que je pars du réveil Le Point du jour qui illustre le soleil levant à Versailles et je termine par l’endormissement, Le Dodo, ou l’Amour au berceau. Pour finir, Rameau à nouveau avec la Nouvelle suite en La, dont la noblesse, l’éloquence et la sensualité du lyrisme nous conduisent inéluctablement à l’apothéose de la Gavotte et ses six doubles.

Et comment avez-vous abordé le fait de jouer au piano ces oeuvres initialement écrites pour le clavecin ?
À vrai dire, j’ai tout de suite ressenti un immense plaisir à jouer ces oeuvres au piano. Et immédiatement mon idée a été de les faire sonner au piano en utilisant l’outil que j’avais et les pouvoirs que nous offre cet instrument. Les différences de nuances, de timbres, l’utilisation de la pédale, m’ont offert la possibilité de caractériser différemment les multiples aspects de l’oeuvre des deux compositeurs. Le fait d’aborder ce répertoire au piano impose une relecture au même titre que la transcription, afin de ne pas tomber dans l’imitation du clavecin, et de ne pas limiter son imaginaire sonore.

Comment faites-vous pour jouer ces ornements d’une manière aussi limpide ?
C’est un point délicat ! J’ai voulu faire les choses le plus consciencieusement possible, car on sait précisément comment Rameau et Couperin voulaient que leurs ornements soient réalisés. Au piano, le problème se pose peut-être différemment, le tout est de les intégrer au discours musical recherché, selon leurs aspects, chantés de manière vocale ou rythmiques sous forme de tremblement.

Et concernant les tempi, la pédale, la dynamique ?
Comme le timbre n’est pas le même qu’au clavecin, le temps musical n’est pas le même. Quant à la pédale et la dynamique, j’avais finalement moins de problème de conscience que pour des oeuvres pianistiques écrites avec des idées précises sur la question. Là, j’avais un texte vierge, sans nuances, sans pédale. Je me suis offert le droit d’exploiter pleinement mon instrument.

Quels sont vos projets ?
Déjà un nouveau CD chez Mirare avec le violoniste Shuichi Okada, qui comprendra la première sonate pour violon et piano de Schumann, la première de Brahms et les Romances de Clara Schumann. Et bien entendu des concerts. Pour en citer quelques-uns : le 16 août à la Roque d’Anthéron en récital avec des pièces de Couperin, le premier cahier d’Images de Debussy, la Nouvelle suite en La de Rameau et les Variations sérieuses de Mendelssohn, programme que je redonnerai le 24 août au Festival Un piano sous les arbres à Lunel Viel. Je jouerai également le 30 septembre au Festival Muse et Piano au Louvre Lens (Rameau, Mendelssohn), le 7 octobre au Couvent des Dominicains de Haute Alsace en deux pianos avec Alexandre Lory, le 17 octobre à Berlin en compagnie du violoncelliste Bumjun Kim…

Propos recueillis le 5 juin 2018 par Frédéric Boucher pour Au bonheur du piano

Pour avoir plus d’informations sur l’actualité de Clément Lefebvre, rendez-vous sur son site : Clément Lefebvre 

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Mort du chef d’orchestre Guennadi Rojdestvenski

C’est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris hier la mort du grand chef d’orchestre russe Guennadi Rojdestvenski à l’âge de 87 ans.

A noter qu’aujourd’hui dimanche 17 juin, France Musique lui rendra hommage dans l’émission Le Meilleur des Concerts Radio France, de 14h à 16h.

Au bonheur du piano vous propose de (ré-)écouter sa splendide interprétation de la 5ème symphonie de Tchaïkovski :

Musicora 2018

Au fil de mon parcours, assez rapide il est vrai, dans les quelques petites allées de ce salon assourdissant, plusieurs découvertes m’ont intéressé.

Bonjour Piano !

Une fois admis la disparition des bons vieux éditeurs de musique, une fois assimilé le fait que les Salabert, Durand, Eschig… sont désormais la propriété d’un conglomérat, Music Shop Europe, regroupant une quantité effarante d’éditeurs du monde entier et chapoté par Hal Leonard, je retrouve l’enthousiasme en tombant sur une collection intéressante intitulée Bonjour Piano !  et qui propose en cinq volumes (à moins de 11€ chaque) des pièces de niveaux progressifs de grands compositeurs français du 20ème siècle. On y trouve des œuvres de Debussy, Ravel, Satie, Poulenc, Milhaud, Koechlin, Tansman, Sancan… Une biographie des compositeurs et des conseils pour l’exécution permettent une approche plus approfondie de ce répertoire.
Bonjour Piano !


Ecoute, je joue !

Sur le stand des éditions Billaudot, une vidéo présente la nouvelle méthode Ecoute, je joue ! de Philippe Lefèvre, Chantal Boulay et Cyrille Lehn. Sont abordées simultanément la formation musicale et les bases de la technique de piano, encadrant une cinquantaine de pièces progressives. Ce qui a retenu mon attention, c’est la variété des situations : pièces pour piano seul, pièces pour piano avec accompagnement d’orchestre, pièces de musique de chambre, pièce pour trio jazz… Les fichiers audio d’accompagnement sont disponibles sur internet. Ecoute, je joue !

Le Festival de Rocamadour

Le stand du Festival de Rocamadour m’a fait visionner avec un appareil spécial une vidéo de réalité virtuelle filmée à la Basilique Saint-Sauveur en  2017 : les bouleversantes Litanies à la Vierge noire de Francis Poulenc par l’ensemble vocal Exosphère dirigé par Jean-Philippe Billmann avec Gilles Oltz à l’orgue. Impressionnante expérience qu’on peut revivre – d’une manière certes moins enivrante – avec la version 3D sur Youtube. Le Festival propose pour l’été 2018 une vingtaine de concerts de musique sacrée principalement mais également un récital Bach-Beethoven-Brahms par Nicolas Angelich le 8 août. A noter que ce festival qui est en est à sa treizième édition ne dépend des subventions publiques qu’à hauteur de 15% de son budget de fonctionnement. Festival de Rocamadour

Le Tout Petit Conservatoire

Des ateliers pour enfants étaient organisés tout au long de la journée. J’ai remarqué celui du Tout Petit Conservatoire qui propose par ailleurs des méthodes d’éveil musical conçues par Philippe Kaczmarek et inspirées de la pédagogie Montessori. J’envisage de rencontrer ce pédagogue prochainement et de publier ici dans quelques mois l’interview que j’aurai réalisée avec lui.

Les clavecins de Martine Argellies

Enfin, le point fort de ma visite fut sans conteste le stand de Madame Argellies. J’aurais aimé  parler plus longuement avec cette femme passionnée par son métier d’art mais l’indescriptible brouhaha provenant des stands avoisinants rendait impossible toute discussion prolongée…  Martine Argellies est facteur de clavecins à Montpellier depuis 1981. Travail du bois, décoration, acoustique, tout est fait maison (« sauf une petite pièce de mécanique » tient-elle à ajouter) au sein d’une petite équipe de trois personnes. Sa mission est claire : respecter les plans des instruments des 17ème et 18ème siècles et utiliser les essences de bois d’origine. Son atelier propose principalement quatre modèles inspirés des clavecins de Dulken, Goujon, Delin et Blanchet. Ses instruments, très appréciés par les professionnels, sont régulièrement commandés ou loués par des festivals et salles de concert (l’Opéra Bastille en possède trois). Pour en savoir plus et voir ses instruments, un petit tour sur son site s’impose : Martine Argellies

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 4 juin 2018

Martine Argellies, Musicora 2018
Photo : © Frédéric Boucher 2018

Masterclasses de Gabriel Tacchino, L’art de faire chanter le piano

Aller écouter une master-classe, c’était pour moi revivre l’enthousiasme de ma jeunesse lorsque le monde s’ouvrait à moi et que j’avais soif de découvrir, d’apprendre et d’évoluer. C’est donc avec joie que je me suis rendu vendredi dernier à la Schola Cantorum, rue Saint-Jacques à Paris, et avec beaucoup d’émotion que j’ai poussé la porte de cette vénérable institution qui a vu d’Indy – son fondateur -, Séverac, Satie, Vierne et tant d’autres, professeurs ou élèves, évoluer dans ces locaux où la musique résonne depuis plus de cent ans.

L’auditorium César Franck, au premier étage, est une magnifique salle avec sur la scène deux pianos à queue et, tapissant le fond, un orgue d’église. Alors que la première élève échange quelques mots avec Gabriel Tacchino, ce dernier, me voyant, s’approche de moi et me glisse à mi-voix « je ne fais pas les présentations, cela risquerait de l’intimider ». Je suis sidéré : qui suis-je pour intimider une élève, à côté de Gabriel Tacchino ?

Le cours commence par le premier mouvement d’une sonate de Beethoven. L’exposition est jouée sans interruption. À la reprise Gabriel Tacchino arrête l’élève : « ici, je jouerais peut-être plus pianissimo ». Cela est formulé comme une proposition. Loin de lui l’envie de jouer au « maître » en énonçant d’une manière docte et condescendante quand ce n’est pas moqueuse ou lapidaire quelques vérités sans appel. Au contraire, donner l’impression à l’élève qu’il est libre de choisir, ne rien lui imposer, juste suggérer, telle est la méthode de Gabriel Tacchino qui ne conçoit pas le cours d’interprétation comme un moyen de briller mais comme une occasion d’aider l’élève à progresser tout en trouvant la confiance en lui dans le cadre d’une prestation publique.

Partout la musicalité va être surveillée au plus près : « attention à ne pas diminuer trop tôt », « il faut articuler bien-sûr mais pas trop, utilisez votre coude et cherchez la souplesse », « allez jusqu’au bout de la phrase »,  « marquez bien les trois niveaux de nuances », « concentrez-vous sur le 5ème doigt de la main gauche pour que le trait soit plus clair »…  Mais Gabriel Tacchino ne reste pas sagement assis à donner des conseils, il se met de temps en temps au piano, non pour se mettre en valeur bien-sûr mais seulement quand il sent que les mots sont impuissants : « c’est vrai qu’il y a marqué pianissimo mais ne jouez pas détimbré, on n’entendra rien dans la salle ». Il joue. Rien que la première note est un régal, c’est pianissimo et pourtant ça chante, c’est sonore dans la douceur. Tous les petits exemples qui vont suivre vont être un enchantement. Son art de faire chanter le piano, de faire ressortir les plans sonores, de conduire un crescendo ou un decrescendo, d’atteindre le sommet d’une phrase musicale n’est que pur bonheur. Dans la salle, on meurt d’envie de se mettre au piano pour essayer, tout en sachant que le résultat serait forcément décevant. Il faut être Gabriel Tacchino pour jouer si facilement, avec autant de naturel, et nous emmener si loin avec une telle magie sonore.

Le cours se poursuit et s’achève. Les deux heures ont passé sans qu’on s’en aperçoive. Nous avons eu le sentiment de vivre un moment unique, hors du temps, riche de bienveillance et de poésie où la musique a empli tout l’espace, nous stimulant à travailler davantage, élèves sur la scène comme amateurs dans la salle, pour mieux nous rapprocher de cet idéal vers lequel Gabriel Tacchino nous entraîne avec tant de simplicité et d’amour de la musique.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 22 mai 2018

Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle : 2 CDs en solo

Grâce à Monsieur Gouraud, je les avais entendus à deux pianos en novembre dernier salle Cortot lors d’un concert mémorable. Mais c’est séparément qu’ils reviennent en CDs, Ludmila Berlinskaïa dans un splendide et ambitieux programme, Arthur Ancelle dans trois sonates de Haydn.

 

BEETHOVEN, MEDTNER, SCHUMANN, RAVEL – Ludmila Berlinskaïa, piano – MELODYA

Sous les doigts de Ludmilla Berlinskaïa, la sonate op.109 de Beethoven, la sonate Reminiscenza de Medtner, les Kreisleriana de Schumann et les Valses nobles et sentimentales de Ravel nous emmènent dans un univers imaginatif d’une incroyable richesse poétique où le piano n’est qu’un moyen et non une fin. L’écoute de ce disque nous plonge dans un monde hors du temps et ces grandes oeuvres du répertoire trouvent là une traduction à leur hauteur. Inutile de décrire la manière dont Ludmila Berlinskaïa interprète chacune de ces œuvres car, comme l’écrit si justement Aurélie Moreau dans Classica, « le plus beau des discours reste celui du piano de Ludmila Berlinskaïa : un pur enchantement ».

 

HADYN – Arthur Ancelle, piano – MELODYA

« Je suis persuadé que pour retrouver la surprise authentique, l’improvisation réelle, il faut connaître intimement la structure, l’écriture, l’harmonie de l’œuvre que l’on joue, il faut la connaître aussi bien que si on l’avait écrite soi-même » indique le pianiste dans le livret passionnant qui accompagne le CD. Et c’est bien cette impression que l’on ressent en écoutant cet enregistrement. Tout l’art de l’interprète est d’être l’avocat des oeuvres qu’il joue tout en restant fidèle à la vérité. Plaidoirie gagnée ! Arthur Ancelle nous propose de ces trois sonates de Haydn une vision rafraîchissante, très vivante, qui va peut-être à l’encontre des idées reçues sur la musique pour piano de ce compositeur mais qui redonne à ces œuvres – et sans les trahir bien au contraire – la place dans l’histoire de la littérature pour piano qu’elles n’auraient jamais dû quitter.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 20 avril 2018

Debussy par Elodie Vignon – Franck, Bach, Escaich… par Marie-Ange Nguci

 

DEBUSSY, Etudes – Elodie Vignon – CYPRES

J’avoue n’avoir jamais très bien compris pourquoi les Etudes de Debussy écrites à la fin de sa vie étaient toujours présentées comme des repoussoirs ou des œuvres tout à coup annonciatrices de modernité. Mais toute l’œuvre de Debussy est annonciatrice de modernité ! Les Etudes sont bien dans le style de Debussy et certaines pages d’ailleurs ne sont pas sans évoquer des passages des Préludes. De ces douze pièces riches et passionnantes, Elodie Vignon nous donne une version à la fois réfléchie et lumineuse qui met en valeur leur subtile poésie. Le CD comporte en outre des poèmes écrits par Lucien Noullez spécialement pour l’enregistrement.

 

EN MIROIR – Marie-Ange Nguci, piano – MIRARE

A vingt ans seulement, Marie-Ange Nguci est déjà titulaire du Diplôme d’Artiste Interprète du CNSM et du Certificat d’Aptitude de Professeur de piano. Par ailleurs, les dix pages du livret dont elle est l‘auteur témoignent de sa passion pour l’analyse et la musicologie qu’elle étudie actuellement. Son répertoire pianistique est déjà très large et le programme de son premier CD n’est pas celui d’une débutante : Prélude Aria et Finale, Prélude Choral et Fugue de Franck, les Litanies de l’ombre de Thierry Escaich, la Chaconne de Bach-Busoni et en bis la Toccata de Saint-Saëns. Tant de talent et de maturité chez une aussi jeune artiste laisse sans voix.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 13 avril 2018