Rencontre avec Florent Nagel

C’est en 2012, avec son conte musical Alice au pays des merveilles pour récitant et piano à quatre mains que le compositeur Florent Nagel est propulsé sur le devant de la scène. Depuis le conte a déjà été donné plus de deux cents fois aussi bien en France qu’à l’étranger, en français, en espagnol, en anglais. Le CD, paru chez Azur Classical avec Yves Penay, récitant, Joanna Martel et Florent Nagel au piano, a été salué par la critique. Le 25 mars prochain aura lieu la création de la version pour récitant et orchestre par l’Orchestre du Capitole de Toulouse.  (voir site du Capitole de Toulouse).

Il y a un mois, j’ai eu la chance de rencontrer Florent Nagel à l’occasion de la sortie prochaine de sa nouvelle œuvre.

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« Escale en pays magyar », un CD d’Emmanuelle Moriat

Lorsque j’ai reçu le CD d’Emmanuelle Moriat, j’ai été aussitôt attiré par son titre : Escale en pays magyar. L’Europe centrale a quelque chose de fascinant, sans doute parce que sa culture mêle résistance, poésie populaire et influences extra-européennes et qu’elle recèle ainsi pour nous beaucoup de mystères. Le CD nous propose des oeuvres de Ernő Dohnanyi et Miklós Rózsa.

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Fauré par Philippe Cassard : charme et intelligence

« Dans une langue qui ne vise pas à l’étonnement, sans souci de forcer l’attention, Fauré a enfermé des chefs-d’œuvre d’une surprenante et durable nouveauté. » Ainsi s’exprimait Alfred Cortot en octobre 1922 dans un numéro spécial Fauré de la Revue musicale. Quatre-vingt-quinze années plus tard, cette « surprenante et durable nouveauté » semble avoir encore quelques difficultés à être appréciée à sa juste valeur.

Aussi, ne pouvons-nous que saluer le dernier CD, chez La Dolce Volta, de Philippe Cassard, entouré de l’Orchestre National de Lorraine dirigé par Jacques Mercier, et qui est marqué par le double sceau du charme et l’intelligence.

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Il y a trente-cinq ans disparaissait Glenn Gould

Un matin d’octobre 1982, le lycéen que j’étais alors se rendait en classe quand, en chemin, un camarade le rejoignit  « Tu as appris la nouvelle ? Glenn Gould est mort ! »  Trente-cinq années se sont écoulées depuis mais je me souviens de cet instant comme si c’était hier. La personnalité de Glenn Gould avait marqué toute une génération et la disparition de cet artiste, excentrique peut-être, exceptionnel en tout cas par son génie et ses choix audacieux, causait un vide immense dans notre univers musical d’adolescents ivres de renouvellements.

On a beaucoup écrit sur Glenn Gould, à commencer par Bruno Monsaingeon qui nous a laissé des trésors inestimables sur ce pianiste qu’il a tant filmé et dont il était devenu l’ami. Pour célébrer ce triste anniversaire, c’est avec l’excellent livre de Jean-Yves Clément paru l’an dernier, Glenn Gould ou le Piano de l’esprit, que je voudrais évoquer aujourd’hui ce musicien qui aimait à dire « les compositeurs que je joue sont des gens qui vont au-delà de l’instrument ». Lire la suite

« Piano à Bézyl », un nouveau festival en Bretagne

Une combativité à toute épreuve à l’égal d’une passion communicative, telles sont, me semble-t-il, les qualités essentielles pour fonder un festival de musique classique. Et c’est donc avec beaucoup d’admiration que l’on peut saluer ici la création de Piano à Bézyl, un nouveau festival au cœur de la Bretagne, à quelques kilomètres de Redon, dont la première édition aura lieu les 25 et 26 novembre prochains.

Au cœur de la nature, jouissant d’une vue magnifique sur la région, le château de Bézyl édifié en 1870 propose chambres d’hôtes, gîtes, appartements… mais lassociation Bezyl Vivante, Arts, Nature & Jardin, quant à elle, y programme régulièrement des activités en rapport avec la nature, des ateliers de jardinage et de cuisine, et des concerts de musique classique.

Une heureuse proposition

Déjà connus des habitués du château de Bézyl pour leurs concerts donnés au cours des années précédentes, Shiho Narushima, Meguy Djakeli et le duo Sophie Arsenian – Philippe Alaire se sont vus proposer par Aly Roos, l’exploitante du domaine, d’organiser un festival sur deux jours . « Et c’est ainsi, me confie Sophie Arsenian, qu’est né le projet de ce festival, avec l’envie de montrer, à travers nos personnalités différenciées, de multiples facettes de notre instrument commun, et de créer un moment de partage autour de la musique. L’envie était très forte également de construire ce projet tous ensemble, les quatre pianistes et Aly Roos, l’âme de ce lieu si spécial. » Toutefois il n’était pas question pour les musiciens de se perdre dans la complexité des tâches administratives et c’est une société de production qui en a été chargée. « Depuis le début de l’aventure, ajoute Philipe Alaire, nous construisons l’édifice Piano à Bézyl de manière à être uniquement dans le plaisir et dans l’acceptation des points de vue culturels de chacun, pour former un horizon tout en arc en ciel ! »

Un programme riche et varié

Le samedi matin et le dimanche matin, les concertistes animeront des masterclasses publiques. Fait notable, elles ne seront pas ouvertes qu’aux professionnels mais aux élèves de tout âge et de tout niveau, en solo ou en duo. Les artistes en attendent un riche moment d’échanges. Shiho Narushima espère qu’elles « permettront aux pianistes de tous niveaux d’enrichir leurs connaissances de ce merveilleux instrument. Pour tous les musiciens, le fait de jouer en public implique un certain stress, mais ce sera un beau challenge, une nouvelle aventure, même pour ceux qui ont peu d’années d’apprentissage. »

Tout au long du week-end, six concerts seront à l’affiche avec des œuvres de  Mozart, Beethoven, Chopin, Liszt, Debussy, Satie, Rachmaninoff, Babayan, Khatchaturian… pour piano à deux et à quatre mains. « L’objectif, explique Meguy Djakeli, est de proposer un programme le plus varié possible pour avoir le plus de chances de répondre aux différentes affinités des auditeurs ; nous sommes en attente d’une rencontre magique avec le public. »

Soulignons deux excellentes initiatives : un atelier pâtisserie pour les enfants suivi d’un conte illustré au piano, (le samedi après-midi), et un forum de discussions avec le public (le dimanche après-midi).

Les responsables de ce festival seront invités à publier ici un petit compte-rendu avec photos.

Renseignements pratiques

Le prix du billet est de 15 euros par concert (formule dégressive pour plusieurs concerts), il est gratuit pour les auditeurs des masterclasses, et pour les élèves des masterclasses la participation est de 20 euros par personne et de 30 euros pour un duo de quatre mains. (Pour plus d’informations, cliquer ici : Piano à Bézyl)

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, vendredi 3 novembre 2017 

Bézyl

Les Nocturnes de Chopin de Nelson Gœrner

Le 17 octobre est une triste date pour les amoureux du piano. C’est en effet dans la nuit du 16 au 17 octobre 1849 que Chopin quittait ce monde après seulement trente-neuf années passées parmi nous.

Il arrive encore qu’on regarde de haut l’œuvre de Chopin, exprimant une sympathie condescendante pour ce musicien qui serait facile, mondain, et dont les œuvres trahiraient une sensiblerie due à ses amours malheureuses et à sa fragilité pulmonaire.

Bien au contraire, la musique de Chopin étonne par de nombreux aspects novateurs. Le génie mélodique de Chopin qui va au-delà de la simple arabesque décorative – sauf peut-être dans quelques pièces de moindre importance – sait exprimer soit une atmosphère solaire ou irréelle, soit une nostalgie très pudique, soit un désespoir métaphysique mais jamais sentimental. Son inspiration très personnelle révèle une grande profondeur, comme dans les 24 Préludes, sorte d’itinéraire spirituel avec une alternance heureuse entre des pages lumineuses et des pages sombres, dans les Scherzos où Chopin nous emmène dans un imaginaire oppressant, hallucinatoire, ou dans ces poèmes symphoniques pour piano que sont les Ballades, la Polonaise-Fantaisie, la 2ème sonate et dans lesquelles se manifeste son sens de l’épopée dramatique. Enfin la modernité de son écriture (nouveauté du style, de la technique pianistique, magie des accords et des modulations) éclate dans les 24 Préludes, les Etudes, le Prélude op.45, la 4ème Ballade, la Barcarolle, les derniers Nocturnes…

A ceux qui pensaient qu’il n’était plus possible de graver de nouvelles versions de référence de l’œuvre de Chopin, tant ce compositeur adulé des pianistes et des mélomanes a donné lieu, dès l’avènement du phonographe, à une pléthore d’enregistrements, Nelson Gœrner vient apporter un parfait démenti avec une sublime intégrale des Nocturnes, ces Nocturnes qui, comme le dit si bien Jean-Yves Clément, « témoignent de cette expression où l’on chante avant tout, par-dessus-tout, à pleins poumons, jusque dans le désespoir », ces nocturnes dont l’écriture de plus en plus complexe au fil des pages inspirera de nombreux compositeurs, à commencer par Gabriel Fauré.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 17 octobre 2017

Chopin, Intégrale des Nocturnes, Nelson Gœrner, Alpha Classics

Reynaldo Hahn par Alessandro Deljavan

Appréciée par Jacques Bonnaure dans le numéro de septembre de Classica, une intégrale des œuvres pour piano de Reynaldo Hahn par Alessandro Deljavan vient de paraître sous le label AEAVA.

Alessandro Deljavan est un jeune pianiste de trente ans d’origine italienne par sa mère et perse par son père. Quasiment inconnu en France malgré plus d’une trentaine de CDs à son actif, Alessandro Deljavan, remarqué par Dimitri Bashkirov (« sa musique est pleine d’une intense puissance ; elle témoigne d’un talent artistique contagieux »), avait fait l’objet récemment de critiques alléchantes aussi bien de la part d’Alain Cochard sur concertclassic.com (http://www.concertclassic.com/article/alessandro-deljavan-inaugure-le-34e-festival-chopin-limagination-au-pouvoir-compte-rendu) que de Frédéric Gaussin dans La Lettre du Musicien. Tous deux, tout en vantant une virtuosité époustouflante, manifestaient leur admiration face à une personnalité musicale forte, originale et intéressante.

Alessandro Deljavan me confiait il y a peu que le projet de cette intégrale Reynaldo Hahn avait vu le jour grâce au directeur du label AEVEA, Alessandro Simonetto. « Je connaissais déjà quelques-unes de ses mélodies et le célèbre concerto pour piano qu’il écrivit pour Magda Tagliaferro. Et naturellement, l’expressivité et la profonde sensibilité de la musique de Reynaldo Hahn m’ont tout de suite conforté dans l’idée que ce projet était fait pour moi. Un aspect très particulier qui m’a particulièrement attiré est en fait l’amour de Hahn pour l’Orient et ses différentes visions d’un objet ou d’un paysage particulier. »

Reynaldo Hahn, compositeur français né au Venezuela de mère espagnole et de père allemand, était une des grandes figures parisiennes de ce qu’il est convenu d’appeler La Belle Epoque. « Admirable mélange d’une intelligence exceptionnelle, d’une rare culture et d’un sens musical quasi unique » selon les termes d’Alphonse Daudet, Reynaldo Hahn était également excellent pianiste, chef d’orchestre (il dirigea Don Juan à Salzbourg en 1906), conférencier et écrivain. C’est pour ses mélodies (il en a composé près de cent vingt-cinq) et ses œuvres lyriques Ciboulette, Le Marchand de Venise qu’il est passé à la postérité tant la voix était son élément, « la voix humaine, c’est plus beau que tout ». Reynaldo Hahn aimait chanter des mélodies tout en s’accompagnant au piano et Marcel Proust dont il était très proche en donne dans ses Chroniques une description romantique « Quand il se place au piano, avec sa cigarette aux coins des lèvres, tout le monde se tait, l’entoure et l’écoute. Chaque note est une parole ou un cri. La tête légèrement renversée en arrière, la bouche mélancolique, un peu dédaigneuse, laisse s’échapper la voix la plus triste et la plus chaude qui soit. Cet instrument de génie, qui s’appelle Reynaldo Hahn, étreint les cœurs, mouille les yeux, courbe l’un après l’autre, dans une silencieuse et solennelle ondulation.»

Il n’est donc pas étonnant que ses pages pour piano reflètent cet amour inconditionnel pour le chant, jusqu’au titre même de son cycle le plus important Le Rossignol éperdu qui comprend, non pas cinquante-trois pièces, mais cinquante-trois Poèmes sans paroles. De ce cycle étonnant composé entre 1899 et 1910 et dont le compositeur avouait qu’il avait été « presque entièrement écrit avec des larmes rentrées », on peut détacher quelques pages particulièrement réussies : Effet de la Nuit sur la Seine (Poème n°24), Per i piccoli canali (Poème n°25), Matinée parisienne (Poème n°28), L’Ange verrier (Poème n°37), Le Réveil de Flore (Poème n°48), Le Pèlerinage inutile (Poème n°53). Alessandro Deljavan me faisait part de son éblouissement devant ces pièces où « l’on trouve un tel éventail d’atmosphères, de couleurs, beaucoup d’idées et des univers très différents, le tout dans un peu moins de trois heures de musique. ».

Les deux autres CDs qui composent de coffret nous permettent d’entendre le reste de la production pianistique de Reynaldo Hahn, notamment les Valses, la Sonatine et deux Etudes, pages qui bien que fort éloignées dans le temps (1898 pour les Valses, 1927 pour les deux Etudes) sont toutes caractéristiques du style de ce compositeur attachant qui détestait l’outrance et l’imposture et aimait par-dessus tout l’équilibre, la modération et l’élégance.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 6 octobre 2017

Si vous souhaitez plus d’informations sur Reynaldo Hahn, n’hésitez pas à visiter l’excellent site de l’Association Reynaldo Hahn.